Ahimsa…ahem!

Hello. Pour une fois, je vais parler de yoga. Sur son essence, sa philosophie, sa méthode, son protocole, je pense que pas mal a déjà été écrit, dans les livres et sur internet. Et si vous voulez mon avis (personnel) sur la chose, il est écrit aussi. Simplement, je vais vous raconter un petit bout de la vie d’un prof de Yoga. La contestation. L’agacement. Haaaaaa

Donc hier vendredi soir, je donnais un cours. 14 inscrits. Hoho! Tout ça? C’est ma plus grande audience depuis que j’ai commencé. On y croit, ça va le faire! Donner de la lumière à chacun, les faire progresser. The job is the same.

Donc on s’installe. Première semaine du mois chez Yogalite, le cours commence par un tchat sur la philosophie du Yoga. Le thème du mois: Ahimsa, la bienveillance, la non-nuisance, voire la bien_veillance. Et comme c’est le premier tchat de l’année, je me dois d’introduire la philosophie du Yoga et les yogasutras.

Alors on est parti. Une conversation. J’apporte des éléments. Je les sollicite sur opinions, vécus, souvenirs. J’aime les yogasutras. Et j’aime ces discussions. J’oublie le temps. 45 minutes passent. Quentin prend la parole. Je le paraphrase en gros « ça fait trop longtemps, la dernière fois il avait eu le coup on lui a bouffé 15 mins. Il ne connaît pas tout de la philosophie du yoga, mais voilà pas besoin d’y passer autant de temps ».

Je le remercie. Et je rigole. Et je lui avoue que je sais ce qu’il ressent, car je l’ai ressenti aussi jadis.  J’ai dû lui dire aussi que ça prendra le temps qu’il faudra, parce que c’est important. Là-dessus, on continue la discussion, les 11 autres ont l’air dedans. Et puis, 15mins de plus passent. Le créneau est quasiment terminé. Et là Quentin reprend la parole « Non mais, on va parler tout le cours, vraiment? Je n’ai pas payé pour faire un cours de psycho ».  Je sens qu’il est agacé, et là, ça commence à déteindre sur moi. Je lui souris. Je lui demande ce qu’il aurais aimé faire: il veut faire des postures, il a mal au dos souvent, et les posture ça lui fait du bien.

Je réponds qu’on fera des postures. Pour une séance de psycho, il vaut mieux aller à un autre endroit. Et qu’il doit se réinscrire à la newsletter. La première semaine c’est discussion. Et là il reprend la parole. Je lui sourit. Et là, je ne dis plus rien… je suis à sec. Je reste à lui sourire ce qui semble durer une éternité. En vrai 5 secondes? Who knows.

Je reviens conclure la discussion tant bien que mal. Mais je ne suis plus aussi parfaitement à l’aise qu’au début. On va utiliser les 15 minutes qui restent pour  faire quelques asanas. Je commence à guider. Et je sens que je suis moins profond que d’habitude, genre moins connecté à mon centre. Même à un moment pendant qu’ils font le chien je sens une pointe de ressentiment envers l’outrecuidant. Hmmm! Revenons ici. Il est venu apprendre le yoga et je vais lui enseigner, avec bienveillance. Cahin caha, on finit cette pratique de 15 minutes. Les 3 pranavas de la fin me font du bien. Je reviens un peu plus ici. Pendant que je suis entrain de faire le pointage à la sortie, le ressentiment revient, je lui adresse même une petite, micro pique. Huhmm.

Après eux, il y a un deuxième cours; ils sont 7. Autres modalités et énergies, même sujet de discussion; une petite cinquantaine de minutes. Tous impliqués, on dirait même intéressés.  Le cours se termine, tous m’aident à remballer le matos. C’est gentil.

Now the juicy part. 20h25. Tout le monde est parti. Je m’installe sur une brique pour quelques instants de silence et de gratitude , comme je le fais d’habitude. Et là, ça vient tout seul, il faut que j’aille vers les sentiments qui sont présents ici maintenant. Alors, comme me l’ont enseigné Neda et Emmanuel, je reconvonque les évènements, aussi fidèlement que je peux. Je sens l’inconfort naître, celui de tout à l’heure. Je l’accepte. Je cherche sa cause, sa graine. Je tombe sur le fait que je sois resté sans rien dire aussi longtemps. Pour qui suis-je passé? J’aurais pu lui faire la tête au carré: « Tu sors tout de suite, et je te rembourse ». Ou alors « nous ne perdons pas notre temps, monsieur, nous investissons dans la qualité de notre pratique ». Je n’ai rien dit. En aparté, pendant un exposé sur Ahimsa, traiter un gars et s’énerver ça aurait fait désordre non? Est-ce qu’ils se sont moqués de mon attitude? Pour la plupart des trucs, je m’en fous qu’on se moque moi, sauf quand ça me touche. Est-ce que c’est ça? Il y a un peu de ça. Et, on dirait qu’il y une autre graine encore plus essentielle.

Je continue de regarder. Je sens que je patine, je m’apprête à arrêter. Et simplement ça vient. La première fois qu’il s’est exprimé, je suis resté paisible. La deuxième fois, j’ai eu la sensation que je n’arrivais pas à le nourrir, à lui donner matière à réfléchir, ou à progresser. Voilà.  A cet instant, je n’ai pas su trouver les mots inspirés pour lui faire du bien. Je suis un piètre guide si je n’arrive pas à faire ça?! Et là, dans mes profondeurs, je crois que j’étais déçu, genre désolé. Et de cette déception, je m’éloigne de mon centre, et le ressentiment naît envers celui qui me fait quitter mon centre. That’s it, le coeur de l’affaire. Je ne suis pas le maître de 108 ans qui a toujours le mot juste pour chaque élève. Pfff. Je suis simplement moi. C’est décevant non? En tout cas ça casse un mythe.

Et bah, curieusement, je me sens bien. Je suis en paix. Et là je peux me rendre compte humblement, que oui, pour lui je n’ai peut être pas eu les mots. Et encore! peut être que mon silence fera son chemin pour lui. Et les 11 autres étaient nourris. Et aussi, c’est la première fois que je mène une discussion sur les yogas sutras.

Et aussi j’aurais pu la jouer différemment, et traiter l’agacement comme une étude de cas, en live. Inviter tout le monde à observer, et voir comment les outils  aurait pu nous aider à trouver une réponse juste à Quentin et à moi. Une étude de cas, sur un problème réel, en live. Aurais-je réussi à le faire? Ca aurait été génial pour les élèves de voir ce que ça peut être, et on aurait eu matière à discuter. Il faudrait que j’accepte de me mettre en danger à ce point.

Et aussi, Quentin, peut être qu’il a exprimé un sentiment que d’autres partageaient. Hmmm! La prochaine fois je peux demander exprès aux gens si ça les intéresse toujours. Et oui! Et même que, c’est la première discussion pour beaucoup d’entre eux. L’intérêt de vouloir être exhaustif dans l’exposé est limité. Après une brève intro, s’arrêter sur un outil spécifique et le rendre vivant, aura peut être plus de portée pour eux. Et même que…

Je suis reconnaissant. 20h45. Tout ça m’aura pris environ 20 minutes. Je sors de la salle le coeur léger. Quand j’enlève mes chaussures à la maison 20 minutes plus tard, je me dit il est bien ce Quentin. En fait il était là pour m’aider. Merci Quentin. Et je pourrais réutiliser cette pratique pour les évènements où je viendrais à m’agacer.  En fait c’était une bonne journée. Merci à vous les students. J’aime ce taf. Merci Quentin. Hohoho, je l’ai redit. En fait tu es un gars bien.

 

Une pensée sur “Ahimsa…ahem!”

  1. Comme quoi… enseigner c est aussi continuer à apprendre.
    Courage. Merci à tous les profs et à tous les élèves.
    Perso, j’aime beaucoup cette théorie dispensée à l oral car pas la patience de lire sur le yoga, malgré ma curiosité. Mais oui le bien-être immédiat marquant c dans le corps que je le ressens et j’ai hâte de « posturer ». Après j accueille ce qui m’est offert et essaie de l intégrer dans la pratique.
    Ciao

A mon avis

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.