Vacances pourrites

Actuellement c’est l’automne, couleurs chatoyantes. Mélanges de rouge, de vert et de jaune. Un régal. Le weekend dernier, il y a eu aussi un changement soudain d’humidité, et je crois que je me suis laissé attraper, du moins mes articulations, surtout le genou gauche. Et là, on dirait que ça se grippe. Certains mouvements sont pénibles, comme s’asseoir en siddhasana pour méditer. Même le simple sukhasana est parfois difficile. Bref, c’est de plus en plus compliqué de pratiquer. Et ça! Ca me fait parfois sourire, parfois flipper, parfois ça m’agace. Serais-je si attaché, amoureux de ma pratique? la pratique pour la pratique? Hmmm! Ca me rappelle une aventure que nous avons eu en famille cet été, pendant les vacances…Donc dans cette ville du centre France, nous partagions avec ma femme et mes enfants une chambre pour dormir.  C’était cool. En s’organisant un peu, il y avait la place pour les valises, et deux matelas (gonflable). Dans la journée, on allait à la maternité, on marchait dans les rues, et même on gobait la télé dans le salon de l’appart. Après le deuxième jour, je me suis quand même offert le luxe de virer un matelas gonflable, pour un matelas plus ferme. Et c’était encore mieux. Les nuits étaitent plus épaisses (et plus silencieuses aussi… :)) ). Pendant un temps, on avait un super cuistot et la vue quotidienne de ce bébé qui grandissait me remplissait de joie.  Et puis, jour 5, nous avons dû évacuer la chambre pour une raison sanitaire.

Et là, du tout au tout, mon regard sur le séjour à changé. Nous devions vivre dans le salon-séjour nuit et jour. Le bébé ayant quitté l’hôpital, il n’y avait même plus de balade quotidienne à la maternité. Le cuistot s’en était allé. On avait de nouveau droit à 2 matelas gonflables. Et! le pire de tout! C’est que je n’avais plus aucun refuge pour pratiquer.

Cher ami, imagine! De temps en temps dans la semaine, tu te mets à part dans une salle fermée pour méditer en conscience sur les mouvements de ton corps ou assis, sur la permanence de l’impermanent. Et c’est devenu une seconde peau. C’est comme manger ou se brosser les dents. Quasi, j’ai besoin de ma dose. Et là, d’un coup, plus moyen de rien. Plus de salle fermée nulle part.  Bah forcément le séjour est devenu nul. Et je me suis demandé à quoi ressemblait la vie de hamster, enfermé toute la journée dans sa cage, à faire tourner sa roue du matin au soir jusqu’à plus soif. C’est quand même pas une vie ça non?

Bon cela dit, le hamster n’a pas l’air d’être beaucoup plus malheureux que d’habitude. Et deuzio, la pratique est censée m’apporter plus de clarté, plus de liberté, vers un bonheur en toute circonstance. Et là pourquoi ça ne marche pas?

Bah si ça marche. C’est comme ça que j’ai pu me rendre compte que j’étais affecté. Et rechercher pourquoi. Je me rends compte que j’ai peu d’exigence sur mon confort (si ce n’est le rangement), mais que ma pratique est sacrée. Cela dit, assis les yeux fermés, je peux tout aussi bien être dans cette chambre dégagée, à l’abri des regards, ou dans cette cuisine, ou cette cabine de douche, ou ce banc public! Et alors je profitais d’une pause pipi pendant la nuit pour m’installer dans un coin, ou d’un moment où les gens sont tous devant la télé pour me dégourdir les articulations dans le couloir. How sweet!

Et tertio! La pratique formelle, en zone blanche, elle nous entraîne paraît-il pour la pratique inside life, en plein milieu de la vie courante. Alors, en jouant au Uno avec les enfants, je pratique les postures assises. Les clés sont sur la porte, je suis libre de sortir et assis dans le jardin public, faire quelques pranayamas. J’ai improvisé une rando quotidienne avec les enfants, à la découverte du quartier. Et on rencontrait des parcs, des châteaux,  contempler le monde qui nous entoure. On se faisait les jambes aussi, 1h à bon rythme. Et parfois, il y avait des boulangeries…

C’était l’occasion de faire des expériences avec les pièces de cuivre, le gingembre ou la fabrication du ghee. Et pendant mes balades, je repensais parfois à cette expression qu’Emmanuel cite, « we are in the biggest meditation hall in the world ». So let’s practice. Mes amis tant de choses à regarder. L’agencement de la rue, les voitures qui passent, le déroulement de mes pas, un japa peut être,…

Même un soir, je me suis retrouvé avec le nez bouché; nuit éveillée en perspective. Occasion de pratique! J’ai fait les 44 dreads (à la louche) de ma tête tout seul. Exploit? non, ma femme le fait chaque semaine. Exploit? oui, j’ai passé 2 heures à observer mes épaules, les relaxations et les tensions. C’était une bonne méditation. Un autre soir, j’ai déroulé un rouleau entier de PQ pour écrire mes initiales sur chaque carreau et ensuite ré-enrouler le rouleau. Franchement, vous devriez essayer. Of course, ça ne change rien au schmilblick de l’humanité. Mais vous observer en train de faire ce truc con et inutile, pendant un temps certain, avec application, ce peut-être génial. Vous serez en colère? ravi? apaisé? agacé? L’essentiel est paraît-il d’observer. En fait, c’est facile de s’inventer un protocole de pratique.

Pratiquer sur sa relation à la pratique, de temps en temps c’est un bonne pratique. Surtout si comme moi vous avez tendance à devenir junkie de la pratique. Il n’y pas de doute, la pratique est nécessaire… comme outil dans la quête. C’est comme un alpiniste qui fait des tractions. Les tractions sont un outil pour muscler son dos, la finalité étant bien d’escalader le col! Ca me rappelle les cours de maths à Po. Après 20 mins d’équations, d’implications et d’inférences, perdus dans notre démonstration, il arrivait qu’un gars demande: « Mais qu’est – ce qu’on cherche? ».

Alors oui. « Pourrites » comme pouvait dire ma fille il y a 5 ans. Au premier regard c’est des vacances dégueu. Mais en y regardant de plus près, je fut ravi. Des liens renforcés avec ma famille, et des moments de pratique… surprenants, pertinents, édifiants.

PS: si ça peut vous rassurer, dans la maison, il n’y a que moi qui me suis torturé avec ces questions. Les autres ont des souvenirs pleins la tête.

 

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