Pourquoi pratiquons nous? Pourquoi les Asanas?

Lundi dernier, j’ai reçu un message de Suzie (prénom modifié) qui venait de pratiquer assidûment pendant 3 mois. Ca se terminait lyriquement: « Je reste perplexe sur la possibilité d’un jour débloquer mes hanches, mon bassin; d’étendre mes ischios courts et de ne plus entendre craquer mes genoux vieillissants. »

Alors je me suis interrogé: pourquoi? Pourquoi on se lève plus tôt le matin? Pourquoi on écourte les apéros? Pourquoi on tire et étire? Pourquoi on s’inflige cette discipline?

Plusieurs réponses me viennent. D’abord, je doute que rien ne change. C’est comme ça. L’expérience à montré ça. Tout ne change pas, mais toujours quelque chose change, y compris au niveau physique. Certes, entre hier et aujourd’hui, les changements sont invisibles, mais entre hier et le mois dernier, il y a au moins une mini évolution. C’est observé encore et encore.

Ensuite, il y a une réalité. Notre corps est manifestement destiné à la décrépitude. Donc les fonctions finiront par décliner, pour la vaste majorité des mortels. Certes. Alors autant entretenir le corps pour qu’il fonctionne le mieux possible le plus longtemps possible. Surtout si la durée de la vie se rallonge, non?

Quand nous pratiquons les asanas, nous sommes invités à explorer le fonctionnement de notre mouvement, la dynamique de l’articulation, l’axe et le sens des spirales. Les raccourcis toxiques que nous prenons parfois – en fait trèèèèèssss souvent, tout le temps – dans nos schémas automatiques, les fameuses compensations, sont alors exposées et explorées. Comme la fameuse rotation externe de l’humérus pour atteindre l’extension complète du bras. Nous pouvons alors arrêter de nous infliger de la destruction, de l’usure superflue. Et ça, c’est énorme.


Nous apprenons des stratégies optimales, en fait du bon sens, pour un mouvement économe en énergie. Comme utiliser le diaphragme pour respirer, ou coordonner le plancher pelvien pour une mobilisation efficace de la sangle abdominale. Vous croyez que la prostate et l’utérus en sont ravis? Bien sûr que oui!

Bon c’est bien beau tout ça mais c’est bénéfices secondaires.

Dans les asanas, nous cultivons un contact intime avec notre corps; nous développons une intimité avec notre perception. C’est là, dans la profondeur de cette perception que nous pouvons trouver la texture de la réalité. Pendant quelques instants, le temps s’arrête et ne reste que la conscience. C’est comme souvent les danseurs et les acrobates que nous regardons. Un instant, ils sont habités par la grâce. Cet instant de grâce, nous pouvons le toucher en nous même.

Nous pouvons rencontrer cette zone où les objectifs deviennent sans importance. Où seule importe la perception. Le contentement et le lâcher-prise nous rendent visite. Les difficultés et les douleurs ne sont plus nos ennemis ou des obstacles. Nous ne interrogeons plus sur l’existence de Dieu ou le sexe des anges. Le prêt bancaire n’a plus de prise sur notre esprit. Seule importe la perception Et nous trouvons un peu de paix, et ça, c’est un gain inestimable.

Avec nos enseignants, dans les cours et les stages, nous en avons un aperçu; avec notre pratique personnelle, nous en cultivons la maîtrise. L’occasionnel devient récurrent, l’exotique devient domestique.

Le Yoga, avec son ensemble de pratiques, est un système cohérent et éprouvé pour atteindre, selon eux, une espèce de béatitude. Peut-être. Mais ils ont compris que pour cela, le corps est, non pas un frein, mais un atout essentiel, et il faut faire la paix avec lui, dans la totalité de ce qu’il peut réaliser et être.

Ainsi la pratique des asanas, les postures, nous invite à la rencontre de ce corps; la pratique nous invite de passer de l’abandon à la découverte; ou de l’abus au respect. La pratique nous invite à la connaissance intime. Tout le monde, tout le monde peut ainsi en dériver des bienfaits. Peu importe qu’on ait des bras ou pas, valide ou handicapé, élastique ou raide, l’intimité avec nous-même est possible.

Alors, c’est légitime d’avoir des doutes sur quand est-ce-que les fruits seront mûrs. Mais n’ayez aucun doute sur le fait que les fruits arrivent. En fait ils sont déjà là. Continuez simplement de pratiquer.

Les AfroWaves, un Yoga au delà des apparences.

Un soir mon fils est venu me voir en disant « est-ce que je peux faire des waves« . Je réponds « c’et quoi ce truc? ». « C’est une coiffure ». « Ok vas-y ». C’est probablement une des meilleures décisions de ma vie. C’était il y a 2 mois. Aujourd’hui il a une coiffure que sa mère trouve jolie à regarder, les fois où il l’expose. Et sur le chemin, je pense qu’il a traversé le miroir. Parce que voyez-vous, voici le truc. Au début ça ressemble à un truc de coiffure, d’apparence, de futilité. Et à y regarder de plus près!!!

L’humilité. La plupart de son temps libre se passe avec foulard, surfoulard et bandeau, pour aider à mouler les waves. L’ensemble est quelque peu ridicule. Ce n’est pas vraiment l’idée que l’on se ferait de la classe. Et d’une certaine façon, ça apprend l’humilité.

La détermination. Pour que ça marche, il faut brosser. Et il brosse ce garçon. Tous les jours. Parfois 30mins, parfois 5 mins, il brosse. L’autre jour après le réveillon de Noël, à minuit trente, il faisait quoi à votre avis? Et bah oui, il brossait. Bras droit. Bras gauche. Je vous ai souvent parlé d’Abhyasa, pratique fervente. Ce garçon en fait la démonstration. Quelque soit le contenu de la journée, il y va. C’est cela la détermination.

L’attention. Il sait me dire: « je sens la différence quand je brosse en étant concentré et quand je suis en train de discuter avec des gars ». This is it. Un geste que je fais en étant présent a un résultat différent. Je n’ai rien à rajouter. C’est cela la pleine conscience qu’on veut cultiver, la méditation, l’Awareness. Avec sa brosse. C’est cela l’attention.

La régularité. Il m’a dit aussi « je me rends compte que j’ai beaucoup de matériel maintenant. Au début dans le tiroir il n’y avait qu’une brosse. Maintenant il y a 3 brosse, 4 foulards, des crèmes. Le tiroir est de plus en plus rempli. Je vais m’arrêter là. Les gens pensent que c’est le matériel qui fait, mais il faut brosser ». Je le regardais et j’étais abasourdi. Il me faut des années de Yoga pour apprendre cette leçon, lui il l’a apprise devant son miroir. Il n’y a pas de secret, pas de miracle. Ou plutôt c’est là le miracle, quand chaque jour je m’installe pour pratiquer. Avec régularité.

L’hygiène du corps. Peut-être avez-vous déjà essayé de vous brosser les cheveux pendant 3 minutes. Vous savez ce que ça fait au bras qui brosse. Pour tenir 30 minutes, ça demande forcément l’intelligence de relâcher les tensions inutiles, de simplifier son geste, de retourner à l’essentiel. C’est ce que nous essayons d’apprendre avec les asanas, la pratique posturale et corporelle.

L’étude. Il va sur Youtube et Insta. Il regarde les tutos. Etudie les techniques. Expérimentes et tire des enseignements. En langage yoguique, on parlera de svadhyaya.

En vrac quelques leçons que ce garçon du haut de ses 13 ans nous enseigne. Ce qui a commencé comme un désir d’être élégant à l’extérieur nous amène à cultiver l’élégance intérieure. Ce projet appraemment futile est, au final, une culture de la pleine conscience. C’est un merveilleux Yoga.

Happy practice!

Vaïragya: je lâche prise

juste en purvottanasana

Savasana is the way

François

Il y a quelques jours, je vous parlais de la paire de chaussure du yogi. Aujourd’hui je voudrais échanger avec vous sur la deuxième chaussure: Vaïragya, le lâcher-prise.

Pendant mes premières années de pratique, c’était un concept qui m’était totalement étranger. Il faut dire que je viens d’une culture de l’action. Mon éducation, mes activités, toute ma vie était orientée vers l’agir. Il fut un temps où je pratiquais Freeletics, pour ceux qui connaissent. Je me sentais vivant, fort, et il faut l’avouer tendu et raide.

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Abhyasa Vairagyabhyam

Pour 2019, je vous souhaite Abhyasa et Vairagya, la paire de chaussures que nous recommande la technologie du Yoga.

Abhyasa Vairagyabhyam Tan Nirodhah

Yoga Sutra, I.12

Traduction: La maîtrise de l’activité erratique du mental s’obtient par une pratique intense et une attitude de lâcher prise.

Je veux m’adresser ici à vous mes amis, qui avez eu l’occasion de goûter aux suaves effets du Yoga après une séance ou un trimestre. Si vous voulez avancer vers le centre, retrouver cette quiétude inhérente à notre humanité, alors le Yoga vous propose un plan: pratiquer dans un état de lâcher-prise.

Lâcher-prise sur mon identification avec les résultats. Lâcher-prise sur mon exigence de souplesse ou de force. Lâcher-prise sur le quand ça doit arriver. Lâcher-prise même sur ce qui doit arriver. Et accueillir ce qui est là. Je crois qu’on reviendra sur cette notion.

Pour être efficace, la pratique ici est intense, sans relâche. Il y aura certainement des obstacles, internes et externes, l’envie ou la maladie, l’énergie ou les obligations. La pratique qui nous est suggérée va au delà de cela. Françoise Mazet a ainsi traduit Patanjali: « Pour être efficace, l’effort est réalisé avec ferveur, persévérance, régularité et pendant longtemps ». On pourra détailler la nature exacte de l’effort dans un prochain article. Pour l’heure, disons que grimper sur votre tapis est déjà très bien.

A l’heure des voeux et des bonnes résolutions, je mets ce défi devant vous: pratiquer! Cette année, pratiquer. Dans un esprit de lâcher prise. Pratiquer régulièrement. Chaque semaine, chaque jour, pratiquer. Du moins, si vous êtes sérieux avec votre souhait d’être heureux.

Qui en est?

Alors je vous propose 3 types de rendez-vous:

A bientôt!

Practice

Posture de l'arbre sur une souche d'arbre

Practice builds mastery.

Mastery gives confidence.

With confidence grows clarity.

Clarity frees up knowledge.

Where did we start again? Ah yes!

Practice. Just Practice.

C’est pas pareil… quand je suis tout seul

Triopetra, crique entre 2 falaises

Je suis de retour de Triopetra, Crète, 1 semaine avec François et Nathalie. Chaque jour 3 sessions de yoga, une session de créativité. Il restait même du temps pour aller nager et manger. Avec des compères de partout. De retour à la maison. Après une journée (quasi)off, il est temps de retrouver mon cher tapis…

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La Chapelle du Pic

Assis sur le bord, j’ai les pieds dans l’eau, trempé jusqu’à la fibula. Le ciel est dégagé et la température est douce après la canicule d’hier. Quelques étoiles scintillent. Bientôt 4h50. Il va falloir y aller. Nous avons rendez-vous à 5h tapantes pour aller au Pic Saint-Loup.

Je rassemble mes forces. Une dernière fois, je me rappelle de me détendre. Ces derniers jours, l’eau me fait beaucoup de bien. Après le traumatisme de lundi dans le côté externe de ma jambe gauche, les moments passés dans la piscine ou la rivière sont manifestement cicatrisants. Continuer la lecture de « La Chapelle du Pic »